Les grands écrivains québécois du domaine public
Après la Conquête britannique de 1760, le Canada français doit réinventer une existence littéraire loin de la métropole française. De cette rupture naît, sur plus d'un siècle, une littérature qui n'imite pas la France mais qui pense son propre territoire, sa propre histoire, sa propre foi — avec une énergie et un franc-parler qui lui sont propres.
Garneau, l'historien fondateur
François-Xavier Garneau, né à Québec en 1809, devient la première grande plume de cette littérature naissante avec son Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu'à nos jours, publiée en quatre tomes entre 1845 et 1852 (tome I, tome II, tome III, tome IV). Inspiré par les historiens français Michelet, Thierry et Guizot, il livre une histoire patriote et libérale qui façonnera pendant un siècle entier la mémoire collective canadienne-française, malgré la controverse qu'elle suscite d'emblée dans les milieux ecclésiastiques.
Laure Conan, la première femme de lettres du Canada français
Née Félicité Angers en 1845 à La Malbaie, Laure Conan devient dans les années 1880 la première femme du Canada français à vivre de sa plume. Son roman Angéline de Montbrun, publié en feuilleton en 1882 puis en volume en 1884, est considéré comme le tout premier roman psychologique de la littérature canadienne-française — une œuvre intimiste, née d'une déception amoureuse personnelle, qui tranche radicalement avec le roman de terroir alors dominant. Elle se tourne ensuite vers le roman historique et biographique, comme dans L'Oublié ou Élisabeth Seton.
Buies, le pamphlétaire libre-penseur
Né en 1840 à Montréal, Arthur Buies s'enrôle adolescent dans l'armée de Garibaldi contre le Vatican avant de rentrer au Québec et de devenir l'un des membres les plus en vue de l'Institut canadien, foyer d'idées libérales dans un pays alors dominé par le clergé ultramontain. Journaliste et pamphlétaire aguerri, il fonde plusieurs journaux anticléricaux et républicains, dont La Lanterne canadienne (1868), avant de se consacrer à des récits de voyage et des monographies régionales comme Au portique des Laurentides ou Les comtés de Rimouski, de Matane et de Témiscouata.
Routhier, l'auteur des paroles d'Ô Canada
Né en 1839 à Saint-Benoît, magistrat de carrière, Adolphe-Basile Routhier est aussi un écrivain prolifique, auteur de récits de voyage comme À travers l'Espagne. Mais il doit surtout sa postérité à un texte de circonstance : au printemps 1880, il compose les paroles de ce qui deviendra Ô Canada, mis en musique par Calixa Lavallée pour la Convention nationale des Canadiens français. Il travaillera ensuite pendant des décennies à une vingtaine de versions et traductions de cet hymne, qui ne deviendra officiellement l'hymne national du Canada qu'en 1980 — cent ans après sa création, et soixante ans après la mort de son auteur.
Une littérature qui s'est écrite contre l'oubli
Historiographie fondatrice, premier roman psychologique féminin, pamphlets libre-penseurs, hymne national : ce que ces quatre trajectoires ont en commun, c'est d'avoir chacune répondu à la même urgence — donner au Canada français une mémoire, une voix et un territoire littéraires propres, à une époque où sa survie culturelle n'avait rien d'acquis.
Retrouvez tous ces auteurs québécois et bien d'autres dans notre catalogue complet, et pour un panorama plus large de la littérature francophone au-delà de la France, notre article France ou Francophonie ?