Écrivains haïtiens du domaine public : les fondateurs d'une littérature nationale
Haïti obtient son indépendance en 1804, devenant la première république noire de l'histoire et le second pays indépendant des Amériques après les États-Unis. Cette naissance dans la rupture s'accompagne, tout au long du XIXe siècle, d'une littérature francophone originale, qui cherche à raconter le pays depuis l'intérieur plutôt qu'à travers le regard colonial. Trois de ces voix fondatrices sont aujourd'hui dans le domaine public.
Ardouin, le premier grand historien d'Haïti
Né en 1796 à Petit-Trou-de-Nippes, Beaubrun Ardouin est historien et homme politique haïtien, secrétaire d'État puis vice-président d'Haïti sous la présidence de Jean-Louis Pierrot. Son œuvre majeure, les Études sur l'histoire d'Haïti, publiée en onze volumes entre 1853 et 1865, reste aujourd'hui encore l'une des sources historiques de référence sur la période révolutionnaire et les premières décennies de l'indépendance haïtienne — un travail de mémoire nationale entrepris alors que le pays n'avait pas encore cinquante ans d'existence.
Durand, le poète national
Né en 1840 au Cap-Haïtien, Oswald Durand est considéré comme le poète national d'Haïti. Auteur du Chant national, qui sert d'hymne national haïtien de 1893 à 1904, il incarne dans son œuvre l'attachement à la terre et à l'identité haïtiennes, mêlant vers en français et incursions dans le créole — une démarche précoce pour son époque. Le catalogue conserve également Le Fils du noir.
Firmin, le premier savant à réfuter scientifiquement le racisme
Né en 1850 au Cap-Haïtien, Anténor Firmin est avocat, diplomate, homme politique et anthropologue haïtien. Son ouvrage majeur, De l'égalité des races humaines (1885), rédigé en réponse directe à l'Essai sur l'inégalité des races humaines du comte de Gobineau, constitue l'une des toutes premières réfutations scientifiques systématiques des théories racialistes du XIXe siècle — un texte pionnier de l'anthropologie antiraciste, écrit plusieurs décennies avant que ce combat ne devienne un champ de recherche reconnu.
Une littérature née de l'indépendance
Historien, poète, savant : ces trois auteurs illustrent, chacun dans son registre, un même geste fondateur — celui d'une nation qui, à peine libérée, entreprend aussitôt de s'écrire, de se chanter et de se penser par elle-même, en français, sans attendre l'assentiment de l'ancienne métropole.
Retrouvez ces auteurs et bien d'autres voix francophones venues d'ailleurs que de France dans notre catalogue complet, et pour un panorama plus large de la littérature francophone au-delà de la France, notre article France ou Francophonie ?