Cinq romans qui ont inventé le roman policier
Le roman policier, tel qu'on le connaît, a un acte de naissance précis : une nouvelle publiée en 1841 dans un magazine américain, qui invente presque tous les codes du genre en une trentaine de pages. Cinq œuvres, disponibles gratuitement sur le site, retracent cette généalogie jusqu'à ses héritiers français les plus flamboyants.
Histoires extraordinaires — Edgar Allan Poe
C'est dans ce recueil que Poe publie Double assassinat dans la rue Morgue, considéré par la quasi-totalité des historiens du genre comme la toute première nouvelle policière moderne. Le chevalier Auguste Dupin y résout, par le seul raisonnement déductif, un meurtre qui semble impossible — préfigurant, cinquante ans avant lui, la méthode que Sherlock Holmes rendra mondialement célèbre. C'est Baudelaire qui traduit et fait connaître Poe en France, au point d'en faire une révélation quasi religieuse ; l'histoire de cette traduction est racontée dans un autre article du blog.
Le Chien des Baskerville — Arthur Conan Doyle
Sur la lande brumeuse du Devon rôderait, dit la légende locale, un chien monstrueux voué à exterminer la lignée maudite des Baskerville. Sherlock Holmes et Watson doivent démêler la superstition du crime bien réel qui s'y dissimule. Doyle publie ce roman au début des années 1900, dans l'un des rares retours de Holmes après l'avoir fait mourir, quelques années plus tôt, dans les chutes de Reichenbach — tant la pression du public réclamait la résurrection du détective.
Le Mystère de la chambre jaune — Gaston Leroux
Mademoiselle Stangerson est agressée dans une chambre fermée de l'intérieur, sans aucune issue possible pour l'agresseur. Gaston Leroux y pousse à son paroxysme le principe du « mystère en chambre close », un défi presque mathématique posé au lecteur : trouver la solution avant le jeune journaliste-détective Rouletabille. Le roman, publié en 1907, sera plus tard salué par John Dickson Carr — lui-même maître du genre — comme l'une des plus belles énigmes jamais écrites.
Arsène Lupin, gentleman-cambrioleur — Maurice Leblanc
Leblanc invente, en 1907, l'exact miroir inversé de Sherlock Holmes : un voleur plutôt qu'un détective, séducteur plutôt qu'ascétique, français plutôt qu'anglais. Le succès est tel que Leblanc ose, dans un roman suivant, faire s'affronter directement son héros et le détective de Conan Doyle — Arsène Lupin contre Herlock Sholmès, le nom légèrement modifié pour éviter les foudres de Doyle, qui n'avait pas cédé les droits de son personnage.
L'Aiguille creuse — Maurice Leblanc
Considéré par beaucoup comme le sommet de la saga, ce roman de 1909 mêle un vrai lieu — l'aiguille rocheuse d'Étretat, en Normandie — à une légende entièrement inventée par Leblanc, avec un tel brio que des générations de touristes sont venues chercher, au pied de la falaise, les traces d'un trésor qui n'a jamais existé que dans ses pages.
D'un fauteuil de lecture à la lande anglaise
Ce que ces cinq textes ont en commun, au-delà de l'énigme, c'est une même conviction : que l'intelligence peut se raconter comme une aventure. Retrouvez Edgar Allan Poe, Arthur Conan Doyle, Gaston Leroux et Maurice Leblanc dans le catalogue.