Littérature anglaise : du théâtre de Shakespeare au roman victorien, guide de lecture
La littérature française avance par manifestes et par écoles qui se répondent en polémique ; la littérature anglaise, elle, n'a jamais vraiment eu besoin de ce mécanisme. Shakespeare n'appartient à aucune école : il est, à lui seul, l'équivalent de tout le théâtre élisabéthain pour la postérité. Un cas presque sans équivalent en France, où même les plus grands noms se rattachent toujours, d'une manière ou d'une autre, à un courant plus vaste qu'eux.
Le théâtre, d'abord, sert de socle. Bien avant que le roman ne s'impose, le théâtre élisabéthain — fin XVIe, début XVIIe siècle — s'autorise un mélange de tragique et de comique, de vers et de prose, de rois et de bouffons sur une même scène, qu'interdira longtemps le classicisme français et ses lois de bienséance. Puis vient, avec Jane Austen, un genre profondément anglais : l'observation ironique et minutieuse des conventions sociales, du mariage comme institution autant économique que sentimentale. Austen publie d'abord anonymement, sous la simple mention « By a Lady » — prudence obligée pour une femme qui écrit à cette époque.
Avec Dickens s'ouvre un autre chapitre : celui du roman comme instrument de dénonciation sociale, avec un sens de la caricature et du pathos qui n'a guère d'équivalent en France à la même période. Cette sensibilité n'a rien d'abstrait chez lui : enfant, tandis que son père croupit à la prison pour dettes de Marshalsea, Dickens est envoyé travailler dès l'âge de douze ans dans une fabrique de cirage — une humiliation qu'il ne racontera jamais frontalement, mais qui irrigue toute son œuvre, de la faim d'Olivier Twist à la formation douloureuse de David Copperfield.
Puis il y a l'autre versant, celui du gothique et de l'étrange. Mary Shelley écrit Frankenstein en 1816, à dix-huit ans, au bord du lac Léman, en compagnie de Byron et de Percy Shelley — un été si maussade, à cause d'une éruption volcanique survenue l'année précédente à l'autre bout du monde, que Byron propose à ses invités un concours de récits d'épouvante pour passer le temps. Le roman, publié anonymement en 1818, en restera l'un des rares survivants durables. Et il y a enfin l'invention, presque à elle seule, d'un genre entier : avec Sherlock Holmes, Arthur Conan Doyle codifie une grammaire narrative — l'enquête, la déduction méthodique, le duo détective et faire-valoir — inspirée de son ancien professeur de médecine à Édimbourg, Joseph Bell, réputé pour deviner la profession de ses patients au seul examen d'un détail physique. Lassé de son propre héros, Doyle tentera même de le précipiter dans les chutes de Reichenbach ; la fureur du public l'obligera, des années plus tard, à le ressusciter.
Roméo et Juliette et Le Roi Lear — William Shakespeare
Le point de départ obligé : une tragédie amoureuse parmi les plus citées du monde occidental, et l'une des plus sombres de Shakespeare sur le pouvoir, la vieillesse et la folie qui les accompagne.
Raison et Sensibilité — Jane Austen
Premier roman publié d'Austen : toute sa marque de fabrique y est déjà — ironie discrète, précision sociale, tension permanente entre raison et sentiment.
Cantique de Noël et David Copperfield — Charles Dickens
Deux entrées très différentes dans l'œuvre de Dickens : un conte moral bref et universellement connu, et le plus autobiographique de ses romans, sur la formation d'un homme à travers l'humiliation et l'ambition.
Frankenstein, ou le Prométhée moderne — Mary Shelley
Le texte fondateur de la science-fiction moderne, qui pose déjà, deux siècles à l'avance, la quasi-totalité des questions morales que le genre continuera d'explorer.
Le Portrait de Dorian Gray — Oscar Wilde
Un pacte faustien esthétique — la jeunesse éternelle contre la corruption cachée d'un portrait —, par un auteur par ailleurs virtuose de la comédie de mœurs.
Les Aventures de Sherlock Holmes — Arthur Conan Doyle
Le recueil qui a fait de Sherlock Holmes une figure universelle, bien au-delà de la seule littérature anglaise.
Bibliographies complètes : Shakespeare, Austen, Dickens, Wilde, Conan Doyle.