Les plus grands romans d'aventure du domaine public à lire absolument
Il faut imaginer le lecteur de 1844, achetant chaque matin son Journal des Débats pour la seule raison qu'il y trouve, chapitre après chapitre, la suite du Comte de Monte-Cristo. Avant d'être des classiques reliés en cuir qu'on offre à Noël, la plupart des grands romans d'aventure français du XIXe siècle sont nés ainsi — comme un produit de presse, écrit à la cadence infernale du feuilleton, pensé pour qu'on ne puisse pas s'empêcher d'acheter le numéro du lendemain. Cette origine n'est pas un détail d'érudition : elle explique le rythme haletant de ces livres, leurs fins de chapitre suspendues comme des pièges, leurs personnages immédiatement lisibles. Tout, dans leur écriture, vise un seul objectif — donner envie de continuer.
Pour tenir une cadence pareille, Dumas ne travaille pas seul : l'historien Auguste Maquet lui fournit trames et recherches documentaires, aussi bien pour Les Trois Mousquetaires que pour Monte-Cristo. La pratique, courante à l'époque, nourrira longtemps une controverse sur la paternité réelle de ces romans — elle n'enlève rien au sens du dialogue et à la théâtralité proprement dumasiens, qui restent, eux, inimitables. Jules Verne, de son côté, travaille main dans la main avec son éditeur Pierre-Jules Hetzel, qui l'engage en 1862 pour un projet d'une ambition folle : les Voyages extraordinaires, une collection censée « résumer toutes les connaissances géographiques, géologiques, physiques, astronomiques amassées par la science moderne » — cinquante-quatre romans, au fil des décennies, pour cartographier en fiction le savoir d'un siècle entier.
Le Comte de Monte-Cristo — Alexandre Dumas
Le roman de vengeance absolu, et sans doute le sommet du roman-feuilleton français. Edmond Dantès, jeune marin promis à un bel avenir, est trahi par jalousie et enfermé sans procès au château d'If ; il en ressort des années plus tard, fortune faite, pour orchestrer une vengeance d'une minutie presque mathématique. Plus de mille pages, et jamais un instant de mollesse.
Les Trois Mousquetaires — Alexandre Dumas
D'Artagnan débarque à Paris, se lie à Athos, Porthos et Aramis, et voilà inventée une camaraderie virile et un sens du panache qui définiront pour longtemps le roman de cape et d'épée. On y va pour l'intrigue des ferrets de la reine ; on y reste pour l'insolence des dialogues.
Vingt mille lieues sous les mers — Jules Verne
Le capitaine Nemo et son Nautilus, le professeur Aronnax prisonnier malgré lui d'un monde sous-marin encore largement fantasmé par la science de l'époque. Verne y atteint un équilibre rare entre vulgarisation et noirceur romantique — Nemo reste, bien après lecture, l'un des personnages les plus ambigus qu'il ait jamais écrits.
L'Île mystérieuse — Jules Verne
Cinq évadés en ballon, une île déserte, et l'obligation de tout reconstruire de leurs mains sous l'œil d'un bienfaiteur mystérieux qui n'est autre, on le devine peu à peu, que le capitaine Nemo lui-même. Un roman de survie et d'ingéniosité qui referme, à sa façon, le destin du Nautilus.
Le Capitaine Fracasse — Théophile Gautier
Moins connu que les deux précédents, et pourtant tout aussi savoureux : le baron de Sigognac, ruiné, rejoint une troupe de comédiens ambulants et devient, sous le nom de Capitaine Fracasse, un héros de cape et d'épée presque malgré lui. Gautier conçoit ce roman dès 1836 mais ne le publiera qu'en 1863 — vingt-sept ans de gestation pour ce qui reste une pure friandise stylistique.
Une mécanique qui n'a pas vieilli
Ce qui frappe, relu aujourd'hui : ces romans annoncent, avec un siècle et demi d'avance, les ressorts du feuilleton télévisé — rebondissement calculé, personnage taillé pour l'identification immédiate, cliffhanger de fin de chapitre. Le roman d'aventure du XIXe siècle n'a pas pris une ride ; il a simplement changé de support.
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